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Le Shocking pink et Elsa Schiaparelli…

Une des couleurs vitaminées, stars des collections du printemps été 2021, repérées dans la Fashion Week, fut le rose dont le « hot pink », qui ne manqua pas de me renvoyer au « shocking pink » d’Elsa Schiaparelli,

au travail de laquelle j’ai eu l’occasion de m’intéresser et dont j’ai admiré les collections. Aucun cinéphile n’aura pu ignorer le costume rose vif porté par Spike Lee, le scénariste, réalisateur, acteur et producteur américain, pour la cérémonie d’ouverture de festival de Cannes 2021, costume masculin, rose flamboyant, que l’on revit, coupé différemment et sur d’autres épaules masculines, à l’occasion de plusieurs « montées des marches » de cet événement.

Enfance et prédispositions artistiques

Née le 10 septembre 1890, à Rome de parents déçus d’avoir une fille, son prénom lui fut attribué par la nurse, prénom qu’elle n’accepta jamais, exigeant qu’on l’appelle « Schiap ». Enfant, très mince, dotée de grands yeux sombres, se trouvant disgracieuse comparée à sa sœur, plus âgée, dont la beauté était encensée, Schiap chercha par tous les moyens vestimentaires à masquer cette « disgrâce ». Fantasque, entourée des œuvres d’art du Palace Corsini où son père officiait et disposait d’un logement de fonction, elle s’intéressa très tôt à l’art au sens large, ainsi qu’au ciel profond, encouragée par son oncle, le célèbre astronome Giovanni Schiaparelli.

Adolescente elle s’adonna à l’écriture secrète de poésies sur l’amour et la tristesse, que son cousin Attilio, critique d’art, le fils de Giovanni, présenta à un éditeur de Milan.

Ce n’est qu’en 1911, alors qu’elle était âgée de 21 ans, que son recueil de poèmes ouvertement sensuels « Arethusa », fut publié, rencontrant un certain succès. Ses parents, très rigoristes et choqués, l’envoyèrent en pension en suisse, puis entreprirent de la marier sans succès. Par l’intermédiaire de sa sœur, elle trouva un emploi de nurse en Angleterre et, en 1913, à 22 ans elle partit pour Londres, escortée de quelques amis. Leur première halte fut Paris, ville pour laquelle elle développa immédiatement un vif intérêt et une tendresse certaine.

Nurse en Angleterre

Paris, était le centre du monde artistique. Pablo Picasso, Georges Braque et autres cubistes y révolutionnaient la peinture. Schiap y entendit aussi parler de Paul Poiret, qui avait fait ses débuts auprès de Frédéric Worth et innovait dans la mode, libérant les femmes du corset. En 1911, il avait lancé la silhouette « perse », style que Schiap avait découvert en images alors qu’elle était encore à Milan. Après cette courte étape à Paris, elle poursuivit son voyage à destination de l’Angleterre.

Là, elle s’échappait pour Londres, dès que son travail de nurse le lui permettait. A l’occasion d’une lecture publique de théosophie, elle tomba amoureuse du lecteur, le Comte Wilhelm Wendt de Kerlor, qu’elle épousa sans cérémonie au début de l’année 1914.

Etape américaine et naissance de Gogo

Son époux s’avéra n’être qu’un bonimenteur, travaillant en toute illégalité en Angleterre, où il fut bientôt condamné à la prison. Pour échapper aux geôles britanniques, ils partirent pour la France. Puis son époux opta pour un exil en Amérique, en quête de nouvelles opportunités, alors que la guerre commençait sur le vieux continent. Pendant la traversée, Schiap devint l’amie de Gabrielle Picabia, épouse du peintre Francis Picabia, un des fondateurs du dadaïsme. C’est Gabrielle, qui, à New York, présenta Schiap à Edward Steichen, Alfred Stieglitz et Man Ray (photographe et peintre surréalistes).

Le séducteur mari de Schiap la quitta en 1920, pour une autre femme, la laissant enceinte et sans un sou. Elle donna naissance à une petite Maria Luisa surnommée Gogo et vivota de petits emplois de traductrice et de l’aide financière de sa mère. La petite Maria Luisa contracta la poliomyélite. La guerre en Europe étant terminée depuis 1918. Aidée d’une amie, Schiap partit pour Paris, en 1922, afin de trouver des experts médicaux susceptibles de soigner sa fille et ainsi qu’un moyen de gagner sa vie.

Paris : une carrière instiguée par Poiret

Elle commença une activité de chine et retrouva ses amis par l’intermédiaire de Gabrielle Picabia, elle-même revenue vivre à Paris. Elles fréquentaient le cabaret « le bœuf sur le toit » où Schiap fit la connaissance de Pablo Picasso et Jean Cocteau.

Maria Luisa fut confiée à un docteur chargé de sa santé, en Suisse (ce n’est que quelques années plus tard, qu’elle reviendra vivre après de sa mère).

C’est à cette époque que Schiap fit réellement la connaissance de Poiret. Alors qu’elle accompagnait une amie, dans le salon du créateur, lequel venait de « designer » un tissu avec une des œuvres de Raoul Dufy, elle admira l’étoffe et tandis que Poiret l’engageait à l’acheter, elle lui confia ne pas en avoir les moyens. Il le lui prêta, ainsi qu’une garde-robe complète, puis l’invita à d’élégantes réceptions qu’il donnait dans sa maison. Admirant une robe qu’elle avait créée pour Gabrielle, il l’encouragea à persévérer dans le stylisme.

Malgré son intention première de persévérer dans la sculpture et la peinture, « Schiap » suivit l’avis de Poiret et se lança dans la création de robes et accessoires, pratiquant la mode comme un art. Les goûts vestimentaires avaient évolué, plus portés vers les tenues sportives et jeunes. C’est à cette époque que Coco Chanel introduisait les vêtements confortables en jersey, s’inspirant de la mode masculine, restant fidèles aux couleurs classiques et neutres : blanc, beige et noir. En 1921, Chanel ouvrait un salon rue Cambon et rencontrait un vif succès.

Le début des collections « tricot »

En 1927, une amie de Schiap lui rendit visite vêtue d’un pullover tricoté, qui l’intrigua au point qu’elle souhaita en rencontrer le créateur. Il s’agissait d’une femme arménienne, se faisant appeler Mike, qui travaillait avec son frère et une équipe de tricoteuses. Schiap lui dessina un modèle représentant un nœud « papillon », blanc sur fond noir et lui demanda de le reproduire au tricot. Ce pull fit fureur, alors que Schiap le portait à l’occasion d’une sortie au restaurant. Une commande de 50 pièces, avec jupes assorties, lui fut passée par un acheteur américain agissant pour le compte de la marque Abraham et Strauss, commande qu’elle réussit à honorer avec Mike et ses tricoteuses.

C’est ainsi que 2 premières petites collections de « tricots » virent le jour en mai et novembre 2027. Ces pièces tricotées furent encensées par la critique et notamment Vogue magazine. Des versions moins coûteuses furent copiées et produites dans de grands magasins de prêt-à-porter. Schiap, galvanisée par le succès, devint de plus en plus audacieuse dans ses créations tricotées. Elle s’associa à Charles Kahn, un business man en relation avec les Galeries Lafayette. A l’époque, elle créait dans son petit appartement, rue de l’université et présentait ses modèles sur des tables, sans être en mesure de permettre à ses clientes de s’assoir.

La prospérité en dépit de la crise

En 1928, elle déménagea pour un petit atelier (qui lui tenait aussi lieu de pièces à vivre), 4 rue de la Paix, où elle se spécialisa dans les vêtements tricotés de sport et de plage, ainsi que dans la conception de combinaisons pour l’aviation, dans l’esprit péruvien. Elle se souvenait d’illustrations admirées dans les livres de son père, qui était à la tête d’une bibliothèque, représentant les cagoules rose vif et Chullos, portés par les Incas, au Pérou. Ses créations, notamment portées par Amelia Earhart, connurent un vif succès jusqu’à New York ! Cette année-là, Elle créa et commercialisa sa propre ligne de parfums signée S.

En janvier 1929 : Elle présenta sa première collection « complète », que la presse spécialisée apprécia. Ses coupes simples plaisaient aux américaines. En novembre 1929, Schiap partit pour New York pour superviser sa dernière collection chez Steward & Company, un grand magasin de la 5ème avenue. Elle y rencontra un producteur de soie imprimée, qui lui demanda de créer une collection de pyjamas de plage, imprimés, de couleurs vives et texturées.

Les commandes affluaient. Aussi, embaucha-t-elle 3 assistantes. Son affaire prospérait. Elle investit dans des locaux plus vastes et continua d’embaucher et d’aménager les salons de son showroom et de ses ateliers avec le plus grand soin, sur les conseils de designers.

Souvent photographiée de profil par Man Ray ou encore John Phillips, elle s’exposait dans les magazines, avec un style affirmé et structuré, femme de caractère, promouvant ses créations dans un genre proche de l’art qu’elle avait côtoyé, plus jeune, en Italie.

Deux fois par an, Schiap présentait sa collection de la saison suivante. En mai 1930, elle produisit, à l’occasion de la collection d’automne, sa première robe de soirée noire assortie d’un court boléro blanc. Cette robe et toute la collection, magnifiée sous l’objectif de Man Ray, firent la une des magazines de mode les plus en vue.

C’est à cette époque qu’elle imagina un petit bonnet tricoté comme un tube, s’adaptant à toutes les têtes, qui fit la joie de Katharina Hepburn, Ina Claire et devint très populaire et très copié, au point que Schiap regretta même de l’avoir créé, subissant une surdose de ce bonnet que l’on voyait partout.

La Grande dépression sévissait des 2 côtés de l’Atlantique. Les banques faisaient faillite partout dans le monde et des millions de gens se trouvaient sans emploi. Cette crise n’épargna pas les grandes maisons de couture de Paris, dont beaucoup fermèrent. Même Chanel la principale rivale de Schiap, souffrit. En revanche, Schiap traversa la tempête sans en être affectée. Elle travaillait avec des fournisseurs de tissus américains et proposait des produits abordables. En France elle cessa le recourt aux soies coûteuses et se tourna vers des étoffes synthétiques moins chères. Ainsi conserva-t-elle sa clientèle fortunée.

Une entreprise très florissante

En 1932, elle était à la tête d’une entreprise de 400 salariés produisant des centaines de vêtements dans 8 ateliers, avec stylistes, ajusteurs, couturières, modistes, apprentis, mannequins et vendeuses. Son originalité faisait mouche et sa popularité grandissant, au grand dam de Chanel. Elle avait besoin de plus de place et Poiret lui proposa ses locaux des Champs Elysées. Cependant elle refusa préférant rester dans son quartier, repère de la Haute Couture.

En 1933, elle ouvrit une antenne à Londres. Travaillant dur comme à son habitude, toujours ponctuelle, elle affronta son personnel adepte de la pose « Tea time ».

Elle ouvrit, aussi, une boutique de prêt à porter et accessoires, place Vendôme, sans ternir son activité de Haute Couture, mais en la complétant pour le plaisir de sa clientèle.

En 1935, elle ouvrit ‘the House of Schiaparelli », 21 place Vendôme (l’épicentre mondial de l’élégance), au milieu des banques, bijoutiers et hôtels de luxe. Dorénavant, elle possédait un appartement non loin. Le style de la maison était moderne et luxueux. Elle commençait à donner des diners mondains. En Février 1935, elle conçut une collection sous le signe du sari indien et d’écharpes «ihrams». Inspirée des vendeurs de poissons de Copenhague et leurs curieux chapeaux de papier journal, elle commanda du tissu imprimé comme du journal. Assemblant les coupures de journaux à la façon d’un collage inspiré du travail de Picasso et Braques, elle proposa des chemisiers, écharpes, sacs à mains, cravates, chapeaux de plage dans cet imprimé. Ce fut un succès pendant plus de 20 ans. Elle aimait les étoffes et travaillait main dans la main avec les industriels du textile, toujours à l’affut des innovations en matière de tissus.

En 1936, elle s’inspira du tableau de Salvador Dali ‘the Anthropomorphic cabinet », pour concevoir son « desk suit ».

En 1937,elle lança « Shocking », le parfum signé de sa couleur « shocking pink », dans un flacon à l’image du buste de l’actrice Mea West. Elle voulait inventer une nouvelle couleur pour la mode féminine. Les bégonias roses de la terrasse de sa maison d’enfance avaient ainsi marqué ses yeux de petite fille. Elle appela cette couleur, le « shocking pink » qui devint sa signature, après de nombreux essais réalisés avec l’aide de Jean Clément, un artiste joaillier et chimiste. Toute une collection fut conçue dans cette couleur. Le succès fut immense et immédiat. C’est plus tard, dans les années 50, que le « shocking pink » sera rebaptisé « hot pink », tel qu’on le nomme actuellement.

Schiap fut la première créatrice à faire une marque d’elle-même, pour tous types de créations. En septembre, Vogue présenta la collection et fit sensation !

Elle acheta un hôtel particulier du 18ème, 22 rue de Berri agrémenté d’un joli jardin un cœur de Paris. A cette époque, elle intensifia sa collaboration avec Salvator Dali, qui teignit un énorme ours en peluche, de ce fameux rose, afin de le populariser, ours qu’Elsa Schiaparelli installa dans sa boutique. Acceptée dans le cercle des surréalistes, elle fut aussi influencée par leur travail. Ces vêtements étaient notamment caractérisés par la présence de nombreux zips, souvent sans utilité précise, si ce n’est celle de décorer, d’accessoiriser. Jusque dans les années 50, elle travailla avec Dali, Cocteau, Man Ray qui la comprenaient et valorisaient ses excentricités.

1938 est l’année de la collection « le cirque » présentée dans un cirque, avec des broderies représentant des scènes de cirque et agrémentées de boutons tels des acrobates. Cette collection fut son plus grand succès et donna lieu à un magnifique show, présenté 4 fois dans l’année. Ce fut absolument spectaculaire. Le Tout-Paris mondain faisait la fête dans l’insouciance, au milieu des taffetas chatoyants et des coiffes rocambolesques, réfutant les nuages sombres qui commençaient à plomber l’Europe.

Lady Mendi choisît de porter une tenue de dresseuse de fauve surréaliste. Cliente assidue des salons de la maison Schiaparelli, du 21 place Vendôme, elle avait assisté, cinq mois plus tôt, le 4 février, au défilé le plus surprenant de toute la carrière d’Elsa Schiaparelli, baptisé « le Cirque ». Une foule de visiteurs assistait au spectacle. « La correspondante de mode américaine de l’époque, Kathleen Can-nell, évoqua un défilé plein à craquer de têtes couronnées, d’hommes politiques, d’artistes, d’explorateurs, de stars de cinéma, d’excentriques fortunées, de magnats de l’industrie, au milieu desquels les mannequins tentaient de se frayer un chemin» (“Histoire de mode : le jour où Elsa Schiaparelli fit son …”)

La robe « squelette » noire, conçue avec Salvador Dali, fit de l’effet. Comme ces bottines dessinées par André Perugia, où des poils de fourrure de singe retombaient sur la cheville pour toucher terre, en référence à « l’Amour désarmé », un tableau de René Magritte de 1935. A la fin du «show», «Schiap» fut satisfaite. Les commandes affluèrent. Le thème du cirque inspira jusqu’aux Etats-Unis où un mois plus tard, des magasins sur la Cinquième Avenue décorèrent leurs vitrines de chevaux de bois et funambules.

Elle créa le 1er sac en bandoulière le fameux shoulder-strap bag. Désormais tout le monde était à l’affut des nouveautés de la Maison Schiaparelli.

Sa fille Gogo grandit et notamment pour l’habiller, en 1938, Schiap ouvrit un département pour jeunes filles, dans son salon londonien. Cependant, malgré les 18 ans de Gogo, Schiap ne souhaita pas l’impliquer dans son activité professionnelle si prenante et difficile. Sa fille poursuivit, donc, des études germaniques à Munich et étudia la cuisine. Puis elle retourna vivre à Londres.

En Avril 1938, Schiap présenta sa collection « Pagan », comprenant un collier « insecte » réalisé par Tiffany. Plus tard dans l’année, elle créa sa collection « Zodiac » inspirée des étoiles et de son oncle astronome. Ce fut sa dernière grande collection. La guerre meurtrissant à nouveau l’Europe. A l’Automne 1938 elle présenta la collection « printemps 1939 » sur le thème de la comédie moderne inspirée des costumes du théâtre italien du 16ème siècle. Loin de l’univers de la mode, Gogo n’en était pas moins une ambassadrice remarquée, portant à toute occasion les créations de sa mère. C’est ainsi que Schiap décida de créer une ligne junior manufacturée par une firme américaine et vendue sur la 5ème avenue chez Bonwit Teller.

La deuxième guerre mondiale

Pendant l’été 1939, Schiap ferma sa maison londonienne à cause de la guerre. A Paris, elle habilla sa devanture d’un message de paix. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne bombardait la Pologne, puis 2 jours plus tard, la guerre était déclarée par la France et la Grande Bretagne.

Schiap réduisit son personnel de 600 à 150 employés. Les hommes étaient partis et avec eux les tailleurs. Cependant elle contribua à maintenir l’industrie de la mode pour préserver les revenus de ses salariés, autant que par esprit citoyen. Tandis que Chanel arrêtait sa production, Schiap continuait. Elle prépara une collection adaptée aux contraintes du moment et notamment la possibilité de fuir rapidement avec le minimum vestimentaire nécessaire. La collection comprenait, entre autres, une combinaison zippée à plusieurs endroits avec des poches destinées aux lampes de poche, papiers d’identité…et le rouge à lèvres rose.

Son hôtel particulier rue de Berri, était mitoyen à l’ambassade de Belgique auquel il était relié par un passage souterrain. Elle y accueillit des réfugiés qu’elle nourrit et rassura. Ce « bar » dans sa « cave » devint rapidement un lieu de rencontre des officiers britanniques, des ambulanciers américains et des femmes engagées dans les transports. Aussi, sa fille Gogo rejoint-elle le groupe des chauffeurs. Pendant ce temps, Schiap et son personnel restreint faisaient de leur mieux pour produire des vêtements pratiques pour conduire un vélo. Les matériaux et accessoires manquaient, ainsi, des chaines de chien furent-elles utilisées pour attacher les vestes et jupes. Sur les écharpes, elle fit imprimer « lundi, pas de viande, mercredi, pas de beure, mais dimanche, toujours l’amour ». Quand elle n’était pas place Vendôme, elle travaillait avec l’Armée du Salut, visitant les installations près du front. Elle conçut une robe pratique et moderne pour les femmes engagées. (bleu, avec un col rouge et un tablier bleu), cependant elle n’eut pas le temps de la produire.

Alors que la guerre faisait rage et que les Américains étaient rappelés elle convainc sa fille, citoyenne américaine, de partir. C’est sur le bateau pour les Etats Unis que Gogo rencontra Robert Berenson, représentant pour l’Europe, de la compagnie maritime Grace Line.

A son tour, Schiap partit pour les Etats Unis où elle arriva le 20 juin 1940. Elle y fut très chaleureusement accueillie. Elle fit un tour de promotion, visitant 42 villes en 8 semaines. Obtint une distinction au Texas. Ambassadrice de paix elle communiqua sur les difficultés françaises et la tragédie de la défaite. Tous les bénéfices de sa tournée américaine furent distribués au profit des enfants de la zone libre du sud de la France. En 1940 : elle reçut le Neiman-Marcus Award.

Le 4 janvier 1941, elle était de retour à Paris, laissant sa fille chérie dans les bras de Berenson.

Elle conçut une collection d’été célébrant la vie simple de la campagne (une veste de velours, brodée de fruits et légumes avec des boutons en forme de carottes et chou-fleur. ). Sur injonction des autorités américaines l’estimant en danger, elle repartit pour l’Amérique, le 11 mai 1941, après avoir confié la gestion de son affaire à ses fidèles collaborateurs et cédé son hôtel particulier à un ministre brésilien. A New York elle retrouva la fille et son gendre Robert Berenson. Malgré les offres nombreuses, elle refusa de créer une maison concurrente à sa maison de place Vendôme. Elle organisa des expositions relatives à la culture française qui lui permirent de lever des fonds au profit de la France. Elle participa à la promotion du pianiste compositeur français Robert Casadesus et collabora avec son vieil ami Marcel Duchamp, lui aussi exilé à New York, dans le cadre d’une exposition d’œuvres de Picasso, Dali, Fernand Léger, Moïse Kisling.

A l’âge de 51 ans, elle devint aide infirmière pour la croix rouge américaine.

Le 7 décembre 1941, les Japonais bombardaient Pearl Harbor à Hawaï et l’Amérique entrait en guerre. Son gendre s’engagea dans l’armée italienne.

Le 25 août 1944, les alliés libéraient Paris.

L’après-guerre et des affaires moins prospères

L’Eté 1945, elle rentre à Paris, où elle retrouve sa maison presque intacte. Comment recommencer ? Matériels et matériaux manquaient. Elle avait pris de la distance avec le style parisien. La mode d’avant-guerre était dépassée. Christian Dior créait le Newlook et ses longues jupes de ballerine serrées à la taille que les fashionistas adoraient. Jacques Fath aussi faisait fureur avec ses robes de soirées. Balenciaga créait la robe sac et la robe Baby Doll. Aux USA, Claire McCardell promouvait l’American look avec denim et coton naturel. En 1945, Schiap sortit la silhouette « Talleyrand »

1947 vit naitre une collection avec les bords dentelés – Schiap créa alors sa tenue la plus spectaculaire, faite de taffetas rose vif et de crêpe noire brodé

1950 est marquée par la création d’une robe rose vif avec un court boléro brodé. Comme elle le reconnut, la mode d’avant-guerre n’était plus et elle ne sut pas prendre ce train en marche. Les ventes chutèrent la menaçant de faillite. Elle s’intéressa à des designs plus pratiques et épurés, créa un sac de voyage dédié aux voyages en avion, pouvant contenir 6 robes.

1952 est l’année de la collection sauterelle constituée de costumes pour le film « moulin rouge » au sujet de Toulouse Lautrec. Le film remporta 2 oscars sans pour autant sauver l’affaire de Schiap.

En février 1954 Schiap présenta sa collection d’adieu. Sa maison de place Vendôme fut mise en liquidation. Elle conserva cependant son hôtel particulier, grâce aux ventes d’accessoires et de parfums, très populaires aux états unis.

En 1954 elle publia sa biographie. Retirée des affaires, elle profita de ses petites filles Marisa et Berinthia Berenson et partagea son temps entre son hôtel particulier de Paris et une petite maison achetée en Tunisie dans le village Hammamet.

Elle s’éteint le 13 novembre 1973 à 83 ans. Avec elle s’envola son imagination sans limite ainsi qu’Yves Saint Laurent le dira. Restera à jamais son rose vif, son shocking pink !


shocking pink - Schiaparelli

Photographie d’Elsa Schiaparelli, portant un chapeau « Napoléon » et une veste rose vif de sa création – Cette photographie de John Phillips montre la beauté des marques de son visage dont son oncle Giovanni disait qu’elles ressemblaient à une constellation du ciel profond.

 

le chandail nœud papillon - 1927

le chandail nœud papillon - 1927

 

haut de maillot de bain tricoté main à motif poisson - 1928

haut de maillot de bain tricoté main à motif poisson - 1928

gogo et schiap

Schiap aimait skier. La voici en 1934 avec sa fille Gogo, alors âgée de 14 ans, à Saint Moritz en Suisse. Sa fille Gogo s’épanouissait dans les pratiques sportives. Elle l’envoya étudier à l’Age de 14 ans dans une école pour filles à Hertfordshire en Angleterre où elle lui rendait fréquemment visite.

Violin and Pipe, "le Quotidien" 1913 - un collage cubiste de Gearges Braque qui inspira Schiap des années plus tard.

Violin and Pipe, "le Quotidien" 1913 - un collage cubiste de Georges Braque qui inspira Schiap des années plus tard.

dali 1

The Anthropomorphic Cabinet, 1936, par Salvador Dali

desk suit
Desk suit - 1936

parfum

Une publicité de magazine pour le parfum Shocking, le talc et rose à lèvres.

homard

Le fameux « homard » de Dali, inspira aussi Schiap et donna naissance à une robe dans une magnifique soie imprimée. Cette collaboration contribua à la réputation d’excentricité de Schiap. (Photographie du Philadelphia Museum of Art)

orphée

Cocteau et « le testament d’orphée », inspirèrent beaucoup Schiap. - Manteau de soirée (automne 1937) : Également réalisée avec la collaboration de Jean Cocteau, ce manteau d’un mauve vespéral, brodé de deux visages qui se rencontrent, crée en trompe l’œil un vase empli de roses

Gants noirs avec tissu « peau de serpent » pour figurer les ongles (1936-1937)

Gants noirs avec tissu « peau de serpent » pour figurer les ongles (1936-1937)

Butterfly dress – 1937- Inspirée par le travail de Jean Cocteau. Diana Vreeland la promeut dans les colonnes de harper’s bazaar en février 1937

Butterfly dress – 1937- Inspirée par le travail de Jean Cocteau. Diana Vreeland la promeut dans les colonnes de harper’s bazaar en février 1937

Diana Vreeland en « Elsa Schiaparelli », Harper's Bazaar, Avril 1937. – Archive du « Metropolitan Museum of Art », Photographie de Louise Dahl-Wolfe - Les boutons étaient pour Schiap des œuvres à part entière. Jean Clément contribua à la création de boutons particuliers pour Schiap. Ils étaient réalisés dans tous types de matériaux : plastique, cristal, ambre, bois...etc. En forme de cuillère, de cloches, de broche victorienne...etc., leurs formes et design étaient uniques.

Diana Vreeland en « Elsa Schiaparelli », Harper's Bazaar, Avril 1937. – Archive du « Metropolitan Museum of Art », Photographie de Louise Dahl-Wolfe - Les boutons étaient pour Schiap des œuvres à part entière. Jean Clément contribua à la création de boutons particuliers pour Schiap. Ils étaient réalisés dans tous types de matériaux : plastique, cristal, ambre, bois...etc. En forme de cuillère, de cloches, de broche victorienne...etc., leurs formes et design étaient uniques.

collier « insecte » - 1938

collier « insecte » - 1938

Bottines léopard (1939 – 1940)

Bottines léopard (1939 – 1940)

Veste avec des boutons « carottes et choux fleur » - 1941

Veste avec des boutons « carottes et choux fleur » - 1941

article du Kingston Daily Freeman de New York, annonçant l’arrivée de Schiap aux USA

article du Kingston Daily Freeman de New York, annonçant l’arrivée de Schiap aux USA

Christian Dior créait le Newlook et ses longues jupes de ballerine serrées à la taille dont les fashionistas raffolaient.

Christian Dior créait le Newlook et ses longues jupes de ballerine serrées à la taille dont les fashionistas raffolaient..

Robe de soirée « shocking pink » avec boléro brodé – 1950 – portée en 1976 au mariage de Marisa Berenson (sa petite fille) en 1976

Robe de soirée « shocking pink » avec boléro brodé – 1950 – portée en 1976 au mariage de Marisa Berenson (sa petite fille) en 1976


Bibliographie et « webographie »


Emmanuelle Menny fleuridas, le 01/12/2021 –     Facebook – LinkedIn – Twitter …