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Le jean taille basse pour femme est de retour…

Un peu d’histoire, pour le plaisir…
Le « blue jean » est l’un des vêtements phares des 20ème et 21ème, siècles. Il traverse les époques, décliné dans un large panel de styles et coupes. En denim brun, à l’origine, quand Levis Strauss le créa, à San Francisco, en 1853, il rencontra un tel succès, qu’il fut breveté en 1873. Confortable, résistant, très facile d’entretien, il fut d’abord un vêtement de travail destiné aux ouvriers, mineurs, bucherons, peintres… Ce vêtement évolua rapidement (couleur, boutons, poches, zips, forme…), dans les 30 premières années du 20ème siècle et vit le jour dans une version pour femme en 1934.
Impossible d’évoquer le début de l’histoire du jean, sans s’autoriser une petite diversion, au sujet traité ici, pour parler du jean à pattes d’éléphant, qui, bien avant de connaître la gloire dans les années 60-70, traversa une époque faste au début du 20ème siècle, comme pantalon de marins. Dès le début du 19ème siècle, le pantalon à pattes d’éléphant était porté par les marins de l’US Navy : sa forme étant particulièrement adaptée pour marcher dans l’eau en le roulant ou encore pour ôter les bottes sans avoir à l’enlever. On rapporte qu’en cas de naufrage, les pattes d’éléphants gonflaient dans l’eau, assurant ainsi une courte flottaison. C’est donc tout naturellement que ce pantalon à pattes d’éléphant évoluait vers une version jean dans les années 1920 . (C’est un tailleur et ancien marin installé à New York, près d’un chantier naval, qui a créé la première marque de «pattes d’eph».[Mike Powell / Wikicommons])

Dans les années 50, promu par les films tels que la Fureur de vivre ou L’équipée sauvage, le jean devint de plus en plus populaire, affichant fièrement un côté rebelle. A l’apogée dans les années 60, il accompagna l’émancipation sexuelle et le début de « l’unisexe ». Zippé sur le côté, il s’agrémenta de couleurs reflétant l’Art Moderne et le Pop Art. Les hippies se l’approprièrent dans les années 70, le personnalisèrent avec perles et broderies, le portant en « pattes d’eph. », la taille plus basse et très moulant. Les années 80 le virent évoluer en baggy (comme l’uniforme des prisonniers), vêtement de prédilection des rappeurs. Les années 90 le rendirent « rock » : trash, loose, déchiré, même si les modèles plus classiques, tels que le 501, subsistaient.

Depuis, le jean a pénétré toutes les garde-robes, touché toutes les générations, et convaincu toutes les classes sociales, qu’il soit « mom », slim, taille haute ou basse… Le pantalon « taille basse » trouve son origine dans les prisons américaines. Les détenus y étaient délestés de leurs ceintures pour des raisons de sécurité. Les pantalons (de taille unique) étaient souvent trop larges. Inévitablement, le pantalon glissait sur les hanches. Sortis de prison, les anciens taulards, continuaient à porter le « taille basse » comme signe distinctif. Certains disent que le fait de laisser le slip visible était un signe affiché de disponibilité sexuelle.

C’est vraiment vers la fin des années 90 que le jean « taille basse » commença à avoir le vent en poupe, notamment auprès de la gent féminine. J’évoquerai, un peu ce style vestimentaire pour homme et me focaliserai, dans cet article, sur sa version féminine. J’étudierai le cycle « commercial » de ce vêtement au cours des 3 dernières décennies, depuis son lancement, jusqu’à son déclin, en passant par ses périodes de croissance et maturité.

 

ANNEES 50
Le cinéma des années 50 et le jean « rebelle » (« La fureur de vivre » – « L’équipée sauvage »)

Lancement

Dans la deuxième moitié des années 90, l’industrie du jean taille haute se porte moins bien. Les ventes reculent, au détriment d’un nouveau modèle : le denim plus slim avec une taille basse, qui va rencontrer de nombreux adeptes. Petit à petit, l’image du jean « taille haute » se ringardise. C’est l’époque de John Galliano pour Dior, Alexander McQueen pour Givenchy… ces stylistes anglosaxons qui prennent la tête de grandes maisons françaises, insufflent une énergie nouvelle et de l’extravagance. Tom Ford pour Gucci, Marc Jacobs pour Louis Vuitton lancent l’ère de la superproduction mode avec ses campagnes de publicité choc. Tom Ford notamment est l’initiateur de « porno chic ». On se souvient des campagnes de Gucci par Tom Ford, notamment en automne-hiver 2001, affichant le mannequin JR Gallison en ultra taille basse. 

GALLISON
JR Gallison par Terry Richardson pour la campagne Gucci  automne-hiver 2001

Croissance

Dans les années 2000, le « taille basse » arrive en force dans le vestiaire féminin. Affiché par Britney Spears, Mariah Carey, Christina Aguilera, Jenifer de la Star Ac’, c’est l’archétype de la panoplie de l’adolescente. Tous les fabricants en produisent : Levi’s, Lee Wangler, Diesel… Remplaçant les tops modèles iconiques de la décennie précédente (Naomi Campbell, Cindy Crawford, Christy Turlington. Linda Evangelista, Stephanie Seymour, Tyra Banks, Yasmeen Ghauri, Helena Christensen, Kate Moss, Claudia Schiffer, Carla Bruni, Elle McPherson…etc.), les stars de la scène musicale ou du cinéma deviennent les nouvelles égéries. La mode est incontestablement inventée par les groupes industriels qui réveillent les maisons de coutures, un peu endormies.

MANNEQUINS
Tops modèles des années 1990

 

On privilégie les vêtements qui dénudent, genre « porno chic », initié par Marc Jacobs, dont « la taille basse » qui flirte avec les lignes pubiennes. C’est le style affiché de Guess, Miss Sixty, Cimarron…

Difficile de dater précisément, pour les différencier les périodes de croissance puis de maturité, avec un recul de plus de 10 ans et sans disposer de données chiffrées (volumes de production, de ventes, gammes de prix…). Jusqu’en 2005, le jean « taille basse » poursuit sa montée en popularité auprès d’une clientèle élargie.


Maturité

Non plus réservé à l’adolescente, il est porté par plus de générations de femmes. En 2006, Charlotte Gainsbourg pose dans Elle, en jean taille basse et veste assortie de la maison Balenciaga, comme muse du créateur de Nicolas Ghesquière ou encore, fait la Une de ELLE en 2007, habillée de ce fameux jean.

ELLE le 12 novembre 2007
ELLE le 12 novembre 2007

 

Cependant, en consultant des forums « mode » dès 2005 (recherche ciblée sur Google), je lis et j’observe que les anti-taille-basse commencent à se faire entendre. Ces conversations en ligne, témoignent d’un agacement des “modeuses” moins jeunes, face au constat, qu’il est quasiment impossible de trouver autre chose en magasin. C’est à cette époque que l’on voit fleurir une mode de jupes et/ou robes portées sur des jeans, preuve, peut-être, que le jean taille basse, commence à être perçu comme « en montrant trop ». Cela dit, les marques (Diesel, par exemple, et ses jeans fabriqués en Italie), continuent à vendre largement ce produit, qui trouve son public.

Entre 2005 et 2010, approximativement, il reste difficile de trouver des jeans « femme » autres que « taille basse » en magasin. Le « taille basse » règne en maitre. Les magazines de mode sont unanimes : le « taille basse » c’est sexy, la taille haute, c’est « mamie ». Cependant, les internautes féminines s’expriment de plus en plus sur les forums « mode » : « Ras le bol des pantalons qui descendent !! »

Extrait d’un commentaire de forum de 2009 vu sur https://www.vivelesrondes.com/forum/viewtopic_163142.htm
Extrait d’un commentaire de forum de 2009 vu sur

https://www.vivelesrondes.com/forum/viewtopic_163142.htm 


Déclin ?

Vers 2010-2012, le jean « femme » taille ultra basse commence à décliner en termes volume de ventes. De plus en plus de marques rejouent la carte de l’époque 90’s et de ses jeans taille haute, pour séduire leurs clientes et ce, avec un certain succès. Entre vintage et élégance, le jean « taille haute » n’est pas sans rappeler le chic décontracté de Jane Birkin, icône mode incontournable. Pendant la décennie 2010-2020 ; inclusivité, diversité, body positivism, appropriation culturelle, occupent le devant de la scène, avec les réseaux sociaux pour haut-parleurs. On assume les rondeurs, la mode évolue et le style vestimentaire doit s’adapter à toutes les morphologies revendiquées. Ashley Graham, Tara Lynn affichent leur plastique très pulpeuse dès 2010 dans ELLE.

GRAHAM
Ashley Graham photographiée par Sess Lind pour Levi’s et sa collection Boyfriend. 2010.

 

Certaines s’accordent sur le fait que le « taille basse » n’a jamais été synonyme « d’allure ». Dépourvu de confort (il descend tout le temps, glissant sur les hanches), peu flatteur à porter (les utilisatrices le remontant sans arrêt, dans une gestuelle peu gracieuse). Inadapté pour les morphologies plus rondes, ce jean passant sous le ventre, attire l’attention sur les rondeurs disgracieuses. Aujourd’hui, c’est définitivement le retour du « taille haute » qui structure la silhouette, allonge les jambes, remisant le « taille basse » au rang de « fashion faux pas » : plus de bourrelet qui déborde, de culotte apparente, de tatouage qui surgissent !


Cependant, il semble qu’il « repointe » le bout de son nez, pas encore à la mode, mais bien évoqué comme tendance… La mode n’est-elle pas un éternel recommencement ? Versace, Dion Lee le proposent à nouveau. Saint Laurent l’a réintroduit dans sa dernière collection.

YSL
Saint Laurent, automne 2021/2022

 

Il suffit que la mannequin Bella Hadid s’affiche sur les réseaux sociaux en crop top et jean hipster taille basse, suivie de près par sa sœur Gigi et quelques influenceuses, pour que la fashion sphère s’interroge. La majorité des femmes grimace, se rappelant de l’inconfort de ce vêtement. Le jean « taille basse » aura-t-il, à nouveau, sa place dans notre vestiaire de demain ? Si le « jean taille basse » revient sur le devant de la scène, il n’en reste pas moins vrai que la mode actuelle est moins monolithe que par le passé et que plusieurs produits phares pour des looks bien différents peuvent se côtoyer dans les collections et dans la rue, sans que cela ne choque personne.

J’aime la mode pour ce qu’elle représente en termes de créativité et pour ce qu’elle raconte de notre époque. Aussi, suis-je encline à la suivre, tout autant que je suis prompte à la détourner ou la prendre à contre-pied, si le cœur m’en dit ou bien, si ce qu’elle propose comporte des aspects rédhibitoires pour moi (pantalons jean très déchirés par exemple). J’ai porté des jeans taille basse et en porterai encore. En revanche, personnellement, je suis hostile au slim. Le taille baisse, pourquoi pas, mais de forme floue, évasée et accompagnée d’une jolie ceinture, de talons hauts et d’une veste longue. En effet, la taille haute met en valeur les fessiers et structure la silhouette, tandis que la taille basse lisse le postérieur, allonge le tronc, par effet d’optique et donne une impression « jambes courtes » par déplacement du centre de gravité tiré vers le bas. J’aurai 60 ans le 1er juillet 2021. On comprendra que je ne peux pas tout porter, au risque de choquer ou de me faire remarquer d’une façon qui ne me convient pas. Cependant, chacun sait que l’habit fait le moine dans l’univers professionnel. En tant qu’artiste plasticienne, mes domaines d’intervention et de compétence sont le graphisme, la PAO DAO CAO, la décoration, la photographie, que je pratique comme prestataire de services (exerçant sous le statut de professionnel libéral, depuis 2005) et que j’enseigne (organisme de formation professionnelle). Pour ne pas choquer ma clientèle je me dois de ne pas afficher du « dernier cri » de façon trop ostentatoire, de rester sobre en termes de « sex-appeal ». En revanche, il est préférable que je ne sois pas trop « classique », ce qui, pour les interlocuteurs ne renverrait pas une image de « créatrice » (c’est du vécu). Tout est question de dosage. Par ailleurs, je suis sensible à la problématique du développement durable, à la maitrise de la consommation, à la recherche de matériaux recyclés et cotons biologiques, ainsi qu’aux pratiques de production respectueuses des êtres humains, de l’environnement, tous ces facteurs entrant en ligne de compte dans mon rapport à la mode et au vêtement. 

Et vous porterez-vous le taille-basse ?

Article du 29 mai 2021 – par Emmanuelle Menny Fleuridas


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